Il était une fois « La bastonnade d’Odienné » …..

Nous avons tous entendu ces histoires drôles où un chinois en un éclair frappait un ou plusieurs ivoiriens qui demandaient : « Qui a pris photo ? ». Nous avions pensé que cela ne se racontait que dans ce type d’histoires, juste pour nous amuser. Que non ! Cela s’est effectivement produit à Odienné, ville située au nord ouest de la Côte d’Ivoire. Deux (2) chinois ont tabassé une vingtaine d’odiennékas (natifs d’Odienné). Au-delà, de son aspect burlesque, il faut saisir cette situation dans son aspect professionnel, pour cerner les questions de droit social qu’elle pose.

0
477
Image d'illustration

ODIENNE, La ville où les employeurs bastonnent leurs salariés violents

Que s’est-il passé ?

Je vous relate les faits sur la base de mes lectures sur les réseaux sociaux et dans la presse.

C’est l’histoire de travailleurs ivoiriens sur le chantier de bitumage de l’axe Odienné-Gbéléban. Ce chantier a été concédé à une entreprise chinoise. Les salariés y travaillent du lundi au dimanche sans aucun repos. Pas surprenant sur un chantier chinois, me direz-vous !

Ce qu’ils ne savent pas c’est qu’en Côte d’ Ivoire, même dans les zones reculées, les travailleurs connaissent leurs droits. Les ouvriers se sont donc plaints et ont réclamé le paiement des heures supplémentaires à leurs employeurs. Qu’est-ce qu’ils croyaient donc ces patrons chinois ?

L’Inspection du Travail est saisie

Devant la Direction Régionale de l’Inspection du Travail d’Odienné saisie, l’employeur reconnaît son tort. Il décide de ramener les horaires de travail à 40 heures la semaine, soit 8 heures de travail par jour du lundi au vendredi. L’employeur accepte également de payer les heures supplémentaires déjà effectuées par les braves travailleurs. L’entreprise promet terminer le chantier très vite. C’est quand même le village du chef d’Etat. Ce que les travailleurs ivoiriens ignoraient c’est qu’en Chine, on ne travaille pas 40 heures par semaine et 5 jours. C’est de la fainéantise !

Les chinois décident par conséquent de se conformer aux règles sociales en vigueur quant à la durée de travail pour les salariés embauchés. Puis ils recrutent des travailleurs occasionnels pour le week-end (samedi et dimanche). Mal leur en a pris ! Pour qui se prennent-ils ? Laisser des travailleurs embauchés pour en recruter d’autres pour le week-end ? Nooooon. Les ouvriers n’apprécient guère cette trouvaille. Ils doivent être les seuls salariés du chantier. S’ils ne travaillent pas le week-end, le chantier doit être fermé. Les employés décident donc d’une descente  punitive contre ces travailleurs occasionnels et les « petits chinois ».

Image d’illustration, credit photo LePoint Afrique

Samedi 1er avril 2017 : première descente sur le site.

Bilan : Les travailleurs occasionnels présents sont copieusement rossés. Un chinois blessé. Promesse est également faite par les initiateurs de cette action de remettre le couvert le dimanche.

Dimanche 2 avril 2017 : Chose promise chose due. Les travailleurs redescendent sur le chantier pour se faire respecter. Hélas ! Ce jour là, les chinois décident d’apporter une riposte. Deux chinois auraient donc bastonnés une vingtaine d’assaillants. Entre deux et quatre blessés côté Ivoiriens. Du matériel de travail et des engins roulants (motos) détruits.

Tout le monde y va de son commentaire sur les réseaux sociaux.

Que dit le droit ?

A l’analyse des faits, on constate une surexploitation et une méprise des droits des travailleurs. En effet, en Côte d’Ivoire, la durée hebdomadaire de travail est de 40 heures repartie sur 5 ou 6 jours. Nul ne doit faire travailler son personnel au-delà de 40 heures de la semaine sans payer les heures supplémentaires de travail. Sur ce point les travailleurs odiennékas sont en droit de revendiquer. Aussi, c’est de bon droit qu’il leur a été accordé la fin des 7 jours de travail et le paiement des heures supplémentaires effectuées.

Employeurs, attention, ne piétiner pas la législation du travail !

L’organisation du travail appartient à l’employeur.

Dans l’optique de ne pas arrêter son chantier, l’employeur peut décider de recruter du personnel occasionnel pour pallier le surcroît de travail. C’est donc légitimement que l’entreprise chinoise a recruté du personnel pour travailler les week-ends. Les travailleurs embauchés n’avaient pas en s’en offusquer tant que leur emploi n’était pas menacé.

Chers travailleurs vous avez des droits certes, mais votre employeur en a aussi !

Attention à la méconnaissance des règles de la législation du travail.

Des mécanismes existent en cas de différend professionnel.

Les travailleurs les connaissent bien. Pour preuve, ils ont saisi l’Inspection du Travail lorsqu’ils étaient en désaccord avec leur employeur sur la durée du travail. Ces mécanismes privilégient le dialogue social. Pourquoi s’en prendre physiquement à d’autres travailleurs et aux représentants de l’employeur le week-end alors qu’on est en repos ?

La violence est devenue tellement banale dans notre quotidien que son utilisation ne choque plus. Et pourtant elle est proscrite par notre législation qu’elle émane de l’employeur ou du travailleur. Les deux parties sont fautives sur ce coup-là.

Attention à notre manière de faire prévaloir nos droits ! En toute circonstance, privilégions le dialogue.

Bonne semaine à tous.

ADAYE Raymond et DJE Ulrich (Inspecteurs du Travail et des Lois sociales)

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here